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Deuxième partie : Le Web²

Le Web à la puissance 2 : le Web 2.0 cinq ans plus tard1

 

On ne présente plus vraiment Tim O’Reilly et John Battelle. Tim O’Reilly, des éditions O’Reilly, est devenu l’un des gourous incontournables du Web. Initiateur, et promoteur, de la notion de Web 2.0 (voir notre traduction), il demeure l’un des plus fins observateurs du changement technologique. John Battelle, journaliste, auteur de « La révolution Google » est quant à lui l’un des spécialistes des moteurs de recherche. Ils ont écrit un texte important, essayant de définir, cinq ans après l’apparition de la notion de Web 2.0, l’émergence d’un nouveau paradigme entre le Web 2.0 (celui des plates-formes sociales) et le Web 3.0 (le Web sémantique), comme l’explique très bien Frédéric Cavazza. Un terme qui s’efforce de mettre en cohérence l’évolution du Web des plateformes 2.0 vers le temps réel, les écosystèmes de données, les objets communicants...

C’est là le Web Squared, ce Web à la puissance 2, ce Web exponentiel que proposent O’Reilly et Battelle. Après avoir déplacé les utilisateurs au coeur du système (Web 2.0), ce Web² s’intéresse aux données. Ce sont elles la nouvelle puissance du Web ! On passe d’un Web 2.0 qui exploite l’intelligence collective des hommes à un Web² qui exploite l’intelligence collective des capteurs et des données... Un texte important, qui méritait une traduction.

« Il y a cinq ans, nous lancions une conférence sur une idée simple, qui est devenue un mouvement. La Conférence originale Web 2.0 (dorénavant le Sommet Web 2.0) a été conçue dans le but de redonner confiance à une industrie déboussolée après l’éclatement de la bulle internet. « Le Web n’en est qu’à ses premiers temps », avancions-nous. En fait, il était en voie de devenir une plateforme robuste pour une génération d’applications et de services informatiques qui allaient transformer notre culture.

Dans notre programme initial, nous nous demandions pourquoi certaines entreprises avaient survécu à cette bulle, tandis que d’autres avaient échoué si lamentablement. Nous observions également l’éclosion d’un ensemble de startups et cherché à comprendre pourquoi elles se développaient si rapidement. Les réponses nous ont aidés à comprendre les principes du marché sur cette nouvelle plateforme.

Notre principale intuition était que « le réseau en tant que plateforme » signifiait bien davantage que simplement fournir de vieilles applications via le réseau (« le logiciel comme service »). Cela signifiait que des applications s’amélioraient à mesure que leur nombre d’utilisateurs augmentait, en exploitant les effets de réseau, non seulement pour gagner de nouveaux utilisateurs, mais aussi pour apprendre et progresser à partir de leurs contributions.

De Google et Amazon à Wikipedia, eBay et Craiglist, nous constations que le logiciel jouait un rôle facilitateur, mais que la valeur était créée par et pour la communauté des utilisateurs. Depuis, de nouvelles et puissantes plateformes, telles Youtube, Facebook et Twitter, ont démontré cette même idée d’une façon différente. Le Web 2.0 consiste à exploiter l’intelligence collective.

Les applications de l’intelligence collective reposent sur la gestion, la compréhension et l’exploitation de quantités massives de données générées par les utilisateurs en temps réel. Les « sous-systèmes » qui émergent du système d’exploitation de l’internet sont de plus en plus des sous-systèmes de données : localisation, identité (des personnes, des produits, des lieux), écheveaux de sens qui les lient entre eux. Cela produit de nouveaux leviers davantage concurrentiels : les données sont le « Intel inside » de la prochaine génération d’applications informatiques.

Aujourd’hui, nous réalisons que ces idées n’allaient pas seulement dans la bonne direction mais qu’elles se sont aussi appliquées à des domaines que nous ne pouvions qu’imaginer en 2004. La révolution des smartphones a déplacé le Web de nos bureaux à nos poches. Les applications d’intelligence collective ne sont plus seulement activées par des humains tapant sur des claviers, mais, de plus en plus, par des capteurs. Nos téléphones et nos appareils-photo deviennent les yeux et les oreilles des applications ; des capteurs de mouvement et de localisation indiquent où nous sommes, ce que nous regardons, et à quelle vitesse nous nous déplaçons. Des données sont collectées, présentées et exploitées en temps réel. L’échelle de la participation gagne plusieurs ordres de grandeur.

Avec plus d’utilisateurs et de capteurs alimentant plus d’applications et de plates-formes, les développeurs sont capables d’affronter les problèmes sérieux du monde réel. En conséquence, les possibilités du Web ne croissent plus de manière arithmétique : elles croissent de manière exponentielle. D’où notre thème pour cette année : le Web à la puissance deux. 1990-2004 ...